Jean Stafford

Jean STAFFORD
Les enfants s’ennuient le dimanche
(choix de nouvelles extraites de The Collected Stories of Jean Stafford)
Huit nouvelles traduites par Jean-Gérard Chauffeteau
& une nouvelle traduite par Véronique Béghain
ÉTATS-UNIS
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« Bien qu’il en ait souvent semblé autrement à ceux qui ne la connaissaient pas très bien, Jean n’a pas fait grand cas du monde littéraire. Parmi ses chemins étroits, c’est seulement son œuvre, et non elle-même, qu’elle voulait livrer. Elle reste une « personne privée ». En fait, ce qu’elle était quand elle s’asseyait pour écrire ses romans et ses histoires merveilleuses peut être quelque chose qui dépasse la compréhension de chacun d’entre nous. En un sens, sa personnalité littéraire reste son meilleur secret. C’est peut-être dans ce rôle qu’elle était la personne la plus privée et peut-être que, pour préserver ce rôle, il était nécessaire qu’elle ait l’intimité qu’elle recherchait en permanence. » Peter Taylor
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Jean Stafford naît à Corvina, en Californie, le 1er juillet 1915, benjamine de quatre enfants. Son père, auteur sans grand succès de Pulp Western fiction et qui avait perdu l’argent dont il avait hérité quand Jean était un petite fille, déménage la famille vers Boulder, dans le Colorado. Très timide, jolie, pleine d’esprit et intelligente, Jean fréquente l’université du Colorado grâce à une bourse d’études. Elle est diplômée en 1936, moins d’un an après que sa meilleure amie se fut suicidée en sa présence, un événement qui hanta Stafford le reste de sa vie. Entre 1937 et 1940, elle étudie en Allemagne, enseigne au Stephens College, à Columbia dans le Missouri et s’inscrit à un programme doctoral de l’université de l’Iowa, avant de décider qu’elle «déteste l’université».
En 1940, elle se marie avec le poète Robert Lowell. Leur liaison tumultueuse dure jusqu’en 1948, période durant laquelle Stafford s’impose comme écrivaine. Le deuxième mariage de Stafford, avec un rédacteur du magazine Life, Oliver Jensen, prend fin au bout de trois ans. Un troisième mariage, avec A. J. Liebling, rédacteur au New Yorker, dure de 1959 jusqu’à la mort de celui-ci, en 1963. Leur relation, même si elle ne fut pas sans problèmes, procure au moins à Stafford quelques moments de bonheur, alors même qu’elle est en proie à une aggravation de son état de santé physique et mental, et à l’alcoolisme. Elle publie avec succès son premier roman en 1944, Boston Adventure, puis un deuxième en 1947, The Mountain Lion, et un troisième en 1952, The Catherine Wheel.
Les nouvelles de Jean Stafford, qui ont été saluées pour leur qualité stylistique, ont été publiées à de nombreuses reprises dans des revues prestigeuses, tels le New-Yorker, Vogue ou Harper’s Bazaar. Influencées par Anton Tchekhov, Henry James et Mark Twain, ses nouvelles sont de forme classique et élaborées avec soin et précision. Elles avaient rarement besoin d’être corrigées, ce qui était important pour Stafford, qui observa une fois : « Reprendre à outrance est une erreur. Ils disent que Dickens aurait eu besoin d’être corrigé ; si cela avait été le cas, il n’aurait jamais été publié. »
Stafford a souvent écrit sur les adolescents aliénés ou marginalisés, le plus souvent des femmes. Elle a créé un monde qu’un critique du New York Times a décrit comme « sombre et inhibé… dans lequel la lumière et l’air frais pénètrent rarement. » Aucune de ses nouvelles n’a fait aussi bien le portrait de ce monde que « Au zoo », publiée dans le New Yorker en 1953. Stafford refusait en particulier d’être identifiée comme une femme écrivain, préférant se concentrer sur des thèmes universels tels que la solitude et la désillusion.
Dans les années 60, la période la plus productive de Jean Stafford est derrière elle. Elle ne finit aucun roman après 1952 et elle avait écrit ses meilleures nouvelles une décennie ou plus avant de recevoir le prix Pulitzer en 1970. Elle est morte d’une crise cardiaque le 26 mars 1979, à White Plains, dans l’État de New York. À la surprise de ses amis, Jean Stafford a légué la presque totalité de son héritage à Josephine Monsell, sa femme de ménage.
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