Ilona. Ma vie avec le poète

Ilona. Ma vie avec le poète JANA JURÁNOVÁ
Titre original : Žila som s Hviezdoslavom
Traduit du slovaque par Barbora Faure
Format : 13 x 20 cm
Conception graphique : Mr Thornill
Parution 12 mars 2019
×

« Ce roman se place du point de vue de la vie d’Ilona Nováková (1856-1932), « connue » seulement dans l’histoire comme l’épouse de Pavol Országh Hviezdoslav (1849-1921), l’un des poètes les plus vénérés de Slovaquie, bien que maintenant peu lu en dehors des salles de classe et dont on dit qu’il est presque impossible à traduire.
Il n’a jamais mentionné sa femme dans son travail, ils n’avaient pas d’enfants, et elle a donc disparu de l’histoire. Mais Ilona était une femme instruite issue d’une famille aisée, mariée à un grand poète. Qu’est-ce qu’elle voulait ? À quoi aspirait-elle ? Etait-elle satisfaite du seul rôle dont elle disposait ou ses pensées étaient-elles remplies du mélange capiteux d’idées qui s’est répandu et qui a défini l’Europe au cours de la fin du siècle et qui a tant animé son mari devenu « conscience nationale » ?
Ilona est donc une œuvre féministe, mais c’est un féminisme non dogmatique, capable de porter un regard nuancé sur les femmes dans l’histoire récente de l’Europe. Plutôt que de dépeindre Ilona comme un esprit libre enchaîné à un cochon misogyne, Jana Juránová a choisi de raconter une vie vraiment ordinaire. Ilona est brillante, modeste et accepte les limites de son temps, trouvant une mesure de bonheur dans ce qu’elle offre. Elle possède si peu d’audace que le livre est plus troublant que n’importe quel roman avec des héroïnes en avance sur leur temps et en quête de liberté, rassurant les lecteurs modernes par la similitude de leurs points de vue. (…)
Tout comme Ilona est dépeinte comme une femme de son temps, le même traitement mesuré est attribué à Hviezdoslav. Un homme imparfait, reconnaissant vis-à-vis de sa femme, respectueux d’elle d’une manière limitée, et maladroitement gentil mais aussi difficile, nécessiteux et d’une faible estime de soi dans la chose même qui le définit comme un poète et une personne. Il renforce sa confiance en recevant des admirateurs, s’inquiétant de peur qu’il ne tombe en désuétude ou ne soit oublié, et Juránová traite sa stature étouffante avec une douce ironie : les visites consistent généralement en des conversations relatives à l’œuvre du poète. C’est le sujet de prédilection du Grand Poète, bien qu’il fasse semblant d’être réticent. En fait, il trouve tous les autres sujets de plus en plus ennuyeux. Bien sûr, il arrive qu’un visiteur ait aussi d’autres sujets à discuter, mais heureusement, d’une manière ou d’une autre, ceux-ci se rapportent généralement au seul et unique sujet qui l’intéresse, comme les publications de ses écrits, sa participation à un festival, ou la traduction de ses œuvres dans d’autres langues. Son mari n’est pas vaniteux. Il est très modeste. C’est un fait bien connu ; c’est ce que tout le monde dit de lui. (…)
D’une certaine manière, Ilona ressemble beaucoup à son mari — là où son ego tourne autour de son statut de poète éminent, le sien est tout aussi lié à l’idée d’être une épouse parfaite. Alors elle tourne autour de son partenaire de vie, faisant plus de concessions qu’il ne le lui demande. Elle s’occupe de lui, s’occupe de ses fleurs et nettoie la maison de façon obsessionnelle. Toute son identité est liée à son rôle et il est clair qu’elle en est fière. S’il est vrai qu’elle a été enfermée par son époque, les femmes, tout au long de l’histoire, ont bousculé la tradition. Elle avait du temps libre, elle aurait pu écrire ou esquisser ou poursuivre quelque chose d’importance privée, mais elle ne l’a pas fait. La seule chose qu’elle voulait vraiment, c’était d’avoir des enfants, ce qui n’est malheureusement pas arrivé, bien qu’ils aient fini par adopter les enfants de son beau-frère, Jarko et Sidka, lorsque sa veuve ivre s’est avérée incapable — une sorte de consolation. Tout au long de sa vie, elle joue inlassablement un rôle, se permettant une expression de soi dérisoire, à quelle fin ? »
Extraits d’un article (traduit de l’anglais par les éditions do) de Nymith paru sur le site pseudointellectualreviews.wordpress.com