Vertige

Vertige JOANNA WALSH
Titre original : Vertigo
Traduit de l’anglais par Véronique Béghain
136 pages / 17 € / Format : 13 x 20 cm / ISBN : 979-10-95434-10-8
Conception graphique : Mr Thornill
Paru le 5 mai 2018

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Dans les histoires de Joanna Walsh, les femmes observent leur vie avec une lucidité réjouissante. Elles voient dans leur trivialité la matière inépuisable de récits édifiants. Elles dissèquent méticuleusement tout ensemble le quotidien et leur intimité, sans négliger d’épingler au passage le ridicule d’une mère, d’un amant ou d’un voisin de table.
S’éprouvant le plus souvent comme des étrangères ou des êtres déplacés, elles n’en parviennent pas moins, de nouvelle en nouvelle, à fabriquer l’étoffe d’une existence. « J’ai replié ma vie sur elle-même, sept fois », dit une de ces femmes. « J’ai été surprise qu’elle soit si volumineuse. »
Et c’est la même surprise que procure la lecture de ces textes comme repliés sur eux-mêmes. Leur écriture, volontiers répétitive, qui dit le ressassement et la rumination, creuse aussi patiemment son sillon et fait entendre une voix tout à fait insolite.

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Ils m’enlèvent les mots de la bouche, des mots que j’ai à peine eu le temps de goûter après les avoir arrachés à la génération précédente. Je pensais que c’étaient mes mots.
Dans chacune des quatorze nouvelles qui composent ce recueil, une femme s’arrête. Qu’un événement soit survenu qui l’y incite ou que cet arrêt paraisse impromptu, elle se penche alors, et nous avec elle, sur elle-même. Comme s’ils émergeaient soudainement d’un flux de leur existence, ces instants sont alors l’occasion, pour la femme qui les éprouve, de tenter de les circonscrire au mieux, de les cerner, de les percevoir le plus intensément possible et d’en exprimer l’étrangeté de la façon la plus acérée qui soit. Et, au travers de ces descriptions pointillistes érigées sur un instant rare, c’est l’étrangeté même de leurs existences qui se dévoile.
Mais un temps nous avons été jeunes. Ça se voyait parce que nous achetions des choses neuves fabriquées avec des matériaux jeunes. Elles étaient lisses, en plastique, avec des angles arrondis, sans danger – clairement conçues pour de très jeunes utilisateurs. Il était indispensable que nous ne nous ne blessions pas, nous les jeunes mères, même si la tentation était très grande. On avait besoin de nous, et on avait besoin des choses en plastique pour que nous les mères, qui étions devenus nos propres enfants, ne nous blessions pas. Il n’y a qu’à voir avec quelle patience nous nous formions à nous servir des choses neuves. Ça s’apparentait à s’élever soi-même.
Il n’y a dans ces nouvelles aucune progression dramatique, ni d’évolution psychologique. Introspectif, insolite, souvent facétieux, ce que ces femmes détaillent renvoient fréquemment à ce qu’être une femme est ou, plus justement, à ce que font d’elles les conditions – naturelles, sociales – qui lui sont appliquées. L’insolite ou l’étrange ne paraît jamais ici fabriqué. Il n’est que ce qui résulte logiquement de la découverte d’une voix trop longtemps tue. Et à laquelle le talent de Joanna Walsh prête une extraordinaire clairvoyance. Librairie Ptyx, Bruxelles

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Joanna Walsh étonne, absolument… On dirait presque qu’elle nous écrit depuis une planète lointaine, plus subtile et plus sûre, et pourtant, elle nous touche, comme un doigt touche la peau, vraiment… Chaque nouvelle est comme la première fois de quelque chose dont on sait encore si peu et dont elle ne dira pas plus… Librairie Tropismes, Bruxelles
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Paré de perles et d’huîtres (références visuelles à la nouvelle Vagues*, en français dans le texte, où la dégustation – avec ou sans vue, réelle ou métaphorique – se fait attendre), Vertige est un recueil qui décille ses héroïnes, les rend douées d’un female gaze aussi hyper-analytique que lucide, jaillissant aux moments les plus anodins. À quels rôles (in)conscients sont donc assignées les femmes ? Aux Jeunes Mères, on réservera les objets en plastique neuf, lisse, afin qu’elles ne se blessent pas. À la femme qui quitte son mari – « toujours trop jeune […] maintenant trop vieille » – dans Fin de collection* (à nouveau en français dans le texte) devrait échoir une robe rouge, sauf qu’il est impossible d’en trouver une au Bon Marché, cet endroit « il ne peut rien vous arriver de mal ».
Cantonnées à des bulles auxquelles elles se sont résignées, en position incertaine lorsque leur couple se brise, toutes ces protagonistes font de cette prise de conscience de leur fragilité un territoire intime à scruter dans le moindre recoin, et reprennent de cette manière le pouvoir par la minutie de leurs observations, ordonnées avec soin comme leur penderie. Walsh les façonne empêchées de penser grand mais clairvoyantes quant à la marche à suivre, inéluctablement :
« Le mieux à faire, c’est de continuer à remuer les bras et les jambes et de regarder les vagues, presque comme si on avançait. Comme ça, le désespoir se renverse rapidement en bonheur, avant de se renverser de nouveau en désespoir. » Anne-Lise Remacle sur son blog karoo.me
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If anyone in the course of reviewing Vertigo refers to Joanna Walsh as a “woman writer” or says the book is about women, relationships, or mothering, I will send an avenging batibat to infiltrate his dreams because that would be like saying Waiting for Godot is about a bromance . . . No, this book is about how embarrassing it is to be alive, how each of us is continually barred from our self . . . Vertigo is a writer’s coup, an overthrow of everyday language . . . It feels so good to see Walsh jam open the lexicon – and with such dry wit . . . No one else has her particular copy of the dictionary. Darcie Dennigan, The Rumpus
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Less a collection of linked short stories – though it is that, too – than a cinematic montage, a collection of photographs, or a series of sketches, Walsh’s book would be dreamlike if it weren’t so deliciously sharp . . . With wry humour and profound sensitivity, Walsh takes what is mundane and transforms it into something otherworldly with sentences that can make your heart stop. A feat of language. Kirkus
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Joanna Walsh’s haunting and unforgettable stories enact a literal vertigo by probing the spaces between things . . . Her narrator approaches the suppressed state of panic coursing beneath things that are normally tamed by our blunted perceptions of ordinary life. Vertigo is an original and breathtaking book. Chris Kraus
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Think Renata Adler’s Speedboat with a faster engine . . .  Vertigo reads with the exhilarating speed and concentrated force of a poetry collection. Each word seems carefully weighed and prodded for sound, taste, touch . . . The stories are delicate, but they leave a strong impression, a lasting sense of detachment colliding with feeling, a heady destabilization. Steppe Cha, Los Angeles Times
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Vertigo is a funny, absurd collection of stories. Maddie Crum, Huffington Post
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Lire Fin de collection, extrait de Vertige