Arcueil

Arcueil ALEKSANDAR BECANOVIC
Titre original : Arcueil
Traduit du monténégrin par Alain Cappon
176 pages / 18 € / Format : 13 x 20 cm / ISBN 979-10-95434-13-9
Conception graphique : Mr Thornill
À paraître le 22 janvier 2019
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〈 Le livre 〉
Le dimanche de Pâques, le 3 avril 1768, le marquis de Sade promettait un écu à une mendiante du nom de Rose Keller si elle le suivait à Arcueil. Quelques heures plus tard, après que Keller eut réussi à s’évader de la maison de campagne du Marquis, cette petite « aventure » en banlieue parisienne allait devenir la fameuse « affaire d’Arcueil », un scandale qui a retenu l’attention du public en France et au-delà.
Différents témoignages et rumeurs se répandirent, des interprétations contradictoires furent entendues. Mais que s’est-il réellement passé dans la chambre du Marquis ? Où se trouve la vérité sur le scandale ? Arcueil fut-il la scène d’une horrible violence sexuelle sadique et d’une sorte de production théâtrale perverse, ou la victime n’était-elle après tout pas si innocente ? Arcueil est une relecture, envisagée sous plusieurs perspectives (différentes mises en scène de la journée du Marquis, déposition de Rose Keller, article de gazette, lettre de l’écrivain Horace Walpole, lettre du Marquis à Madame de Sade, critique théâtrale), de « l’affaire d’Arcueil », qui met l’accent sur les doutes et les ambivalences de tout événement historique ou — comme dans ce cas — médiatique.
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〈 Extrait 〉
« Le marquis sortit à 8 heures. Il s’était tenu peu auparavant dans le cadre du grand miroir, convenablement vêtu, avec sur le visage une expression d’attente impatiente quant à ce qui se passerait ensuite. Ses yeux avaient acquis la profondeur indispensable pour que les passions se conjuguent à l’impératif. Il avait les cheveux bien en place, la canne à la main, un couteau passé à sa ceinture. Il faut se parer avec goût pour les fêtes religieuses et s’y rendre avec un charme non obligatoire, que l’on y croie effectivement ou non.
Il s’était miré quelques instants encore, juste le temps qu’il faut pour que le personnage plonge dans ses pensées. Les préparatifs exigent une patience angélique, pensait-il, une pleine concentration, une circonspection qui saura envisager toute situation susceptible de se présenter. Les choses doivent avoir une assise solide afin, ultérieurement, de s’embraser. C’était là sa doctrine : le plaisir doit se construire par le menu, il repose toujours sur un plan clair, sur l’anticipation des futurs épisodes. Ici l’improvisation n’est pas de mise : la spontanéité est pour les amateurs. La liberté des plaisirs naît en réalité d’un rituel rigoureux qui se répète autant de fois que nécessaire pour atteindre son summum. La jouissance vient d’une réflexion préalable et d’actes en conséquence pour que le projet imaginé aboutisse. »
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〈 À propos 〉
Extrait de l’entretien donné pour la présentation du livre à l’occasion de la remise du prix de littérature de l’Union européenne 2017.
« Arcueil est une histoire à propos du Marquis de Sade et de ce qu’on a appelé « l’affaire d’Arcueil », lorsqu’il emmena une femme — nous ne savons pas à ce jour si elle était une mendiante ou une prostituée — du nom de Rose Keller, dans sa maison d’Arcueil, où eurent lieu des violences, des abus sexuels et divers types de menace. Mais à ce jour nous ne connaissons pas la vérité de ce qui s’est réellement passé. Et pour moi, en tant qu’écrivain, il était intéressant de raconter cette histoire une fois encore, d’une nouvelle manière, parce que je crois qu’elle contient une certaine puissance allégorique qui nous conduit à revenir à d’importantes questions, à la fois du point de vue de la violence et des abus sexuels, mais aussi du point de vue de la forme littéraire, parce que ce roman est écrit comme une série de variations ou d’exercices de style sur cette affaire, et c’est en fait écrit comme une série de mises en scène imaginaires du Marquis de Sade. »
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〈 couverture de l’édition originale