Lait sauvage | Sabrina Orah Mark

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SABRINA ORAH MARK
Lait sauvage
Titre original : Wild Milk
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Stéphane Vanderhaeghe
168 pages / 17 € / Format : 13 x 20 cm / ISBN 979-10-95434-30-6
Conception graphique : Mr Thornill
Paru le 23 février 2021
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〈 le livre 〉
Chacune de ces histoires est un voyage novateur, poétique, subversif, absurde, tendre et étonnamment drôle à travers les relations — souvent familiales —, les émotions et l’expérience humaine. Chacune de ces histoires permet de regarder le monde dans une perspective vraiment nouvelle. Il vaut d’ailleurs mieux aborder chacune de ces histoires avec une sorte d’esprit malléable. Certains ont aussi conseillé de ne pas lire Lait sauvage en une seule fois.
Après chaque histoire ils pensent qu’il est préférable de se réunir autour d’une table pleine de souris pour discuter de l’histoire du jour et de faire circuler les pages comme un apéritif pour dévorer lentement chacune d’entre elles et décrire le goût qu’elle laisse sur la langue.
Certains sont même allés jusqu’à écrire à propos de ces histoires : elles sont comme si les frères Grimm rencontraient Samuel Beckett dans son maillot de bain à la plage. Ou bien peut-être Franz Kafka, serait-on tenté de rajouter.
En tout cas, il n’est pas déconseillé de garder ces images à l’esprit, au moins le temps de la lecture.
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〈 extrait 〉
« M. Horowitz extrait un abricot sec du sachet et se met à le caresser nerveusement lorsque soudain Mme Horowitz lâche un petit cri. Elle pense avoir oublié d’acheter du lait. Sans lait ils risquent de s’étouffer avec les abricots. Eli court jusqu’au congélateur avec son tricot. Il y a du lait. Il y en a plein le congélateur, du lait. Eli en sort une bouteille de 25 cl congelée et la fait glisser sur la table de cuisine. On dirait que le lait fait du patin. Il aimerait tellement être du lait. Du lait courageux. Il jette les 25 cl au sol et piétine la bouteille. Et voilà que le lait est tout ratatiné. Et voilà que le lait est mort. Voilà donc les Horowitz encore un peu plus proches de l’étouffement. M. et Mme Horowitz sont stupéfaits. Leur fils à cran pourrait bien être complètement cinglé. Il a huit ans. Dieu les punit pour avoir survécu. Dieu leur a donné pour fils un cinglé. Tout ce qu’ils demandent, eux, c’est de ne pas mourir de faim, et voilà que leur fils unique assassine le lait. Qui voudra bien épouser leur cinglé ? Personne. »
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〈 à propos 〉
Libération 20 & 21 février Mathieu Lindon
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Rue Toussaint-Féron Paris 13e
L’Arrachée Belle est un mouvement de collage poétique sur les murs de la ville. Entre incantation, formule magique et slogan politique, les phrases que l’on arrache aux livres portent avec elles de nouveaux imaginaires, vecteurs d’émancipation. Tous les collages sont publiés sur le compte instagram @l.arrachee.belle
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« Peut-être le livre le plus mystérieux de cette rentrée de février, mais dont la puissance d’évocation ne me quittera pas. On avance dans ce livre comme on avance dans nos rêves. Chaque phrase nous déroute, dans sa simplicité et dans sa capacité à provoquer de l’étonnement. C’est absolument remarquable. »
Guénaël Boutouillet lecteur (remarquable)
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« Fascinante découverte que ce Lait sauvage de l’autrice Sabrina Orah Mark : des histoires de quelques pages où derrière l’absurde des situations affleurent toujours des fêlures sensibles, l’émotion, l’intimité avec — en grand hors-champs — les histoires familiales que chacun trimbale en soi. Mais Lait sauvage est aussi un livre drôle, irréel, qui tord la routine pour ouvrir en permanence des routes vers Wonderland ou le pays d’Oz, les causalités ne renvoient pas forcément à des conséquences, la banalité s’effrite pour brusquement éclater de rire.
La grande force de cette écriture, c’est paradoxalement sa simplicité : on écaille tout doucement un œuf dur tandis qu’autour de nous, le monde devient métaphore, puis parabole, puis échappe définitivement à toute tentative d’interprétation.
Un absolu coup de cœur »
Eric Pessan écrivain & lecteur (qui a un cœur)
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« Fantastiques, merveilleuses, déroutantes et dérapantes, telles sont les nouvelles de Sabrina Orah Mark, la petite-fille cachée d’Orly Castel-Bloom. »
Grégory Le Floch écrivain & lecteur (qui a des lettres)
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« Dans les livres, les mots dissimulent parfois des chausses-trappes. Ils peuvent provoquer des accidents et faire déraper des histoires. Qu’ils nous fassent trébucher et qu’ils créent la confusion dans notre esprit, les courts textes qui composent ce recueil en forme de pieds de nez au bon sens,  font la part belle à l’obscur, à ce qui est trop souvent tu en nous. L’univers à part de Sabrina Orah Mark nous impose de lâcher prise et de nous déconnecter du réel, de déraisonner. Quelle excellente nouvelle ! »
Pascal Thuot librairie Millepages Vincennes
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« Il va être difficile de parler de ce livre. Un exercice que j’appréhende énormément en commençant cet article. D’emblée et histoire de ne pas vous perdre dans une potentielle logorrhée sans queue ni tête : il faut lire Lait sauvage, il faut découvrir l’univers de Sabrina Orah Mark et saluer l’excellente traduction de Stéphane Vanderhaeghe.
Sabrina Orah Mark est une autrice vivant en Géorgie et ayant écrit deux recueils de poésies, Babies et Tsim Tsum. C’est à peu près tout ce que nous savons sur elle. Son site internet, ultra esthétique, nous en apprend guère plus, abordant ses différentes publications, une biographie sur son parcours universitaire, ainsi qu’ une rubrique mensuelle dans The Paris Review, une rubrique sous le nom de « Fairytale and Motherhood ». Donc vous l’aurez compris, la pêche aux infos est compliquée.
Lait sauvage, publié chez DO éditions, est un recueil regroupant vingt-quatre textes, offrant autant de possibles que d’impossible pour pénétrer et comprendre l’univers de Sarah Orak Mark.
Car ici, il ne faudra pas s’attendre à un fil rouge, ou encore à être guidé par l’autrice. Quand vous pénétrez dans Lait sauvage vous ne savez ni ce que vous allez découvrir, ni comment et encore moins ce qui vous attend la page d’après. Nous sommes en Terra Incognita, quelque part entre l’urgence de l’écriture, l’interrogation du sens et l’esthétisme pur.
Et c’est en cela que Lait sauvage devient génial. Comme tout œuvre totale, ce livre n’est pas là pour vous détendre, ni vous plonger dans un récit prenant. Lait sauvage est là pour vous perdre, vous bousculer, vous interroger et vous secouer. Autant de textes pour autant de possibilités de reconsidérer ce qu’est la vie ou l’art et le besoin de sens pour ne pas tomber dans l’absurde.
Alors, oui, il serait aisé d’en rester là et de vous souhaiter bonne chance, mais ce ne serait peut-être pas le mieux. Il y a une clé de lecture qui m’est apparu importante lors de sa première lecture : lâcher prise, accepter ce que l’on lit sans chercher à lui donner du sens, accueillir le texte en tant que tel et ensuite écouter ce qu’il suscite en nous. La raison n’aura pas toujours sa place, et l’on pourra que saluer cette prouesse de nous pousser autant dans nos retranchements et en même temps être aussi généreuse.
Lait sauvage ne se lit pas, il se vit. Ce recueil est exigeant, soyons clairs, et je pense même qu’après deux lectures, je passe encore à côté de beaucoup de subtilité. Mais une chose est sûre, c’est une expérience, une œuvre absolue qui se « mérite », pas dans un sens élitiste, mais dans le sens qu’il faut accepter de lâcher prise pour que vivent les textes, accepter de donner de sa personne.
Bref, pour conclure quelque part entre Ben Marcus et Amelia Gray se situe Sabrina Orah Mark. »
Un dernier livre avant la fin du monde vers le site  
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Faire 800 secondes, de Guenaël Boutouillet 12 minutes pour lire et évoquer un, deux, trois livres récents (ou pas).
Héléna Villovitch, Et si on mangeait les Legrand, édition Les petits matins – collection Les grands soirs / Sabrina Orah Mark, Lait sauvage, éditions do
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Un recueil de nouvelles qui capture, ravit et pique notre vision du monde.
« Ce n’est pas anodin si l’incroyable recueil de Sabrina Orah Mark s’ouvre sur une citation de Beckett, extraite de L’Innommable : Chère incompréhension, c’est à toi que je devrai d’être moi à la fin…
Ces différentes histoires se répondent par tout un jeu d’échos et de correspondances. Si elles ont chacune leur autonomie, elles racontent toutes l’aventure intérieure de notre difficulté à vivre. Chaque texte, de par sa force et sa concentration poétique, se fait l’épopée de nos failles, de nos étrangetés, de nos métamorphoses intérieures, de notre rapport à l’autre. Ces nouvelles tissent un étrange lien entre elles, puisque certains motifs semblent revenir et habiter les phrases. »
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Antoine Jarry Univers cultures sauvages
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Toujours un privilège de figurer dans la vitrine du mois de la librairie Vendredi, Paris 9e
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« Voilà, il existe des bouquins qu’on n’a absolument pas envie de décortiquer et ce Lait sauvage en fait partie. Phrase bien pratique, me direz-vous, pour vous faire comprendre qu’en réalité j’en suis bien incapable. Mais si la littérature du présent s’égare parfois dans des territoires trop battus, faute d’imagination, ce Lait sauvage est à mon sens la seule direction à prendre pour sortir de la zone de confort (quelle horrible expression !) et de la torpeur de vies qui se répètent.
Peu de bouquins produisent cet effet : étirer votre monde au point que votre imagination est incapable de se le représenter avec des images communes et découvrir une nouvelle planète avec du gaz et je ne sais quel minerai. Exemple, page 101 : “La deuxième blague libère ses mains de la poigne molle des deux hommes pour s’allumer une cigarette, et au même moment son téléphone portable se met à sonner. Il sonne, et il sonne, et il sonne. Mais la blague n’a pas l’intention de décrocher.”
Oui, c’est joliment absurde et privé de boussole. Ou plutôt si, le motif serait notre capacité à garder en nous, intacte, cette capacité d’étonnement qui rime avec émerveillement, l’autre nom je crois de la curiosité. Oui, il faut opérer un refresh mentalaccepter de casser sa grille de lecture habituelle, d’oublier une quelconque grille d’ailleurs et avancer dans ce livre comme on apprendrait une langue étrangère, enthousiaste et inquiet, attentif aux sons et aux embardées verbales pleines de douceur et de tendresse qui ne disent rien de moins que l’ab-sens.
Un livre flippant et (très) perché, déviant et secoué. On tente bien de bêcher quelques images, de voir comment est prêchée l’absurdité mais la lecture, à chaque page, se refuse à une quelconque logique sinon celle qu’on voudra bien lui accorder. »
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L’Espadon blog d’actualité, de critiques et chroniques littéraires
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« Très très étrange, comme dans un rêve. Les images et les sensations ressurgissent quand on ne s’y attend pas au fil des jours qui suivent la lecture. »
Aurélie Garreau Librairie Le-Monte-en-l’air Paris
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« Quand l’écriture tisse une toile vaporeuse et collante, qu’elle se permet l’extravagance dans l’épure, l’absurde dans le tragique, qu’elle ne cesse, par sa justesse sans faille, sa folie monolithique, de se dilater pour à la toute fin devenir un monde, votre monde, répandu insidieusement en vos interstices, comme un fluide mu par un courant puissant qui fait céder toutes les digues de votre inconscient. Quand la littérature produit ça, c’est toujours gage d’un voyage intense, sans réel retour car on ressort avec un organe, quelque part, en plus. Un organe ou une conscience qu’on ne saurait très bien situer ni expliquer, mais qui est désormais là et vous habite.
Lait Sauvage c’est exactement ça, une expérience de lecture qui vous traverse et vous met sur le cul pour un bon moment, tant l’exercice de dire par-delà les mots est réussi. Tant la fiction est exploitée à son paroxysme, éclate le rapport au réel, au verbe, au vivre.
BoomBoom comme on dit. »
Librairie Myriagone Angers
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« Voici un livre VRAIMENT fou dont chaque ligne rend le monde et le langage à leur plus présente et radicale étrangeté. Ce qui se passe dans les histoires de Lait sauvage, seule la littérature peut le permettre. Faisons fête à ce livre parce que c’est un livre étonnant et que nous n’aimons rien plus que l’étonnement. »
Sing Sing (parfois chanteuse à barbe)
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« Une merveille. En tout cas pour moi. »
Pierre Barrault écrivain à barbe (parfois libraire)
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« Envie d’une boîte de chocolats qui ne vous offrirait que des friandises au goût acidulé mais inédit? C’est la délicieuse impression ambivalente provoquée par Lait sauvage. Bien peu de recueils auront pétri notre inquiétude latente avec une telle dose de tendresse. Ici l’absurde a son rond de serviette et les blagues de bars citent Emily Dickinson. Dans la nouvelle titre, un bébé écrit son prénom et dans Pâte à modeler, une narratrice n’est pas sûre qu’être poétesse puisse suffire, dans ce monde si âpre. L’Américaine Sabrina Orah Mark taquine audacieusement le réel et repousse toute tentative de corseter la représentation des familles. Eclatés, avec des mères qui portent littéralement leur charge mentale comme les marsupiaux, les foyers sont ici souvent au point de rupture, avant leur prochaine mue. Si vous n’êtes pas frileux à l’idée d’une matière aussi gluante que les rêves ou les contes noirs, une triple ration est recommandée. »
trends.levif.be
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Chroniques de la paranoïa ordinaire
Aux États-Unis, Lait sauvage, livre rare, est publié par la très audacieuse « Dorothy, a publishing project », maison d’édition aux deux livres par an. En France, les éditions do relient Sabrina Orah Mark à Beckett et Kafka, même si on pense plutôt à Leonora Carrington ou à Anne Serre. Comme chez elles, le conte, par les excès qu’il autorise, est la possibilité de redonner vie à tout ce qui est morne en se glissant dans les interstices surréalistes du réel pour les faire déborder.
Sabrina Orah Mark recense, dans des nouvelles faussement folles, ce qui se détraque dans notre monde. « Tweet », par exemple, restitue en chair et en os notre comportement virtuel sur Twitter. Les personnages s’y suivent, physiquement, et s’imitent solennellement les uns les autres : « Plein d’amis à moi suivent le Rabbin alors je me mets à suivre le Rabbin moi aussi ». Plus on avance dans l’histoire, plus l’absurde prend de l’ampleur, avec aussi peu de connexions logiques que l’on en trouve dans le grand brassage chaotique des réseaux sociaux. Là aussi, « une chose nous mène à une autre », à tel point que la narratrice se retrouve à suivre une chèvre, un appartement, une chanson et même une phrase : « De l’herbe à perte de vue. On pourrait se perdre dans cette herbe. Plein d’amis à moi suivent On Pourrait Se Perdre Dans Cette Herbe alors moi aussi je me mets à suivre On Pourrait Se Perdre Dans Cette Herbe. »
Un constat vient interrompre cette délirante procession : « C’est comme si nous n’étions pas vraiment là ». L’humanité de Lait sauvage s’est perdue, et il n’y a plus de libre arbitre. Tous les jours depuis dix ans, une mère appelle la narratrice depuis chez le dentiste pour lui dire : « T’y crois ça, que je suis ici ? demande-t-elle. Encore ! ». Les êtres sont agis indépendamment de leur volonté. Sans horizon ni perspective, ils ne peuvent qu’accueillir avec une neutralité blanche des événements, des actes, souvent violents mais sans conséquences, qui surgissent au fur et à mesure : « Mère me balance un coup de poing au visage. Puis c’est au tour de Sœurette de me balancer un coup de poing au visage. Puis au tour de Mère. Et puis celui de Sœurette. Et puis celui de Mère. Et puis Sœurette. J’entends papa siffloter au loin. » Au cœur de chacune des nouvelles gronde une angoisse, une paranoïa ordinaire. Les époux Horowitz vivent dans l’attente que le pire survienne : « Sans lait ils risquent de s’étouffer avec les abricots. »
Pareilles au lait qui tourne ou devient solide lorsqu’il est congelé, les figures de Sabrina Orah Mark sont à la merci de mutations radicales, basculant sans cesse d’un état à un autre. Une narratrice assiste, sans s’étonner, à la transformation de ses neuf garçons en neuf filles : « Pendant des jours les oreilles de mes garçons avaient semblé s’émousser et déjà je sentais l’odeur cruelle du lilas. » Les corps sont, au mieux, déterminés par les émotions (« Quelque chose chiffonne la bonne. Ses longs bras blancs paraissent plus longs que d’habitude »), au pire, l’objet d’une dissolution (une main, posée sur une cuisse, a l’air de « fondre en neige ») qui s’étend aussi à leur environnement : « il n’y a plus de mer. Quant aux galets, on les a rassemblés et enlevés il y a de ça des années. […] il aurait pu pleuvoir si la pluie existait encore ».
Lait sauvage est un objet poétique qui fait irruption dans notre époque. Ce n’est pas un texte narratif et cela implique une lecture adaptée. Nous sommes prévenus, d’abord par l’éditeur qui préconise, avec raison, de ne pas tout lire d’une traite, puis par Beckett en exergue : « Chère incompréhension, c’est à toi que je devrai d’être moi à la fin. » Chaque histoire fonctionne comme une petite machine centrifuge, trop bien rodée. Une fatigue s’installe si l’on ne délaisse pas le démon de l’interprétation pour se laisser aller à ce qui nous arrive.
Car l’écriture est une relation pour Sabrina Orah Mark, quelque chose s’y passe. Dans « L’appel », son émouvante nouvelle sur les cours de « creative writing », la narratrice décrit la façon dont ses élèves sont traversés par leurs écrits. Il suffit de les regarder : « Il se mit à écaler un œuf dur, et tandis qu’il l’écalait je sus dans mon for intérieur que son écriture avait pour sujets les greniers, les pères, les oiseaux. » La langue de Sabrina Orah Mark est animée d’une vie propre, tant ses phrases sont organiques. Comme les personnages qu’elle évoque, cette langue dégringole, alternativement sujette à des dégénérescences puis à des rebondissements, à travers lesquels s’exprime toute la virtuosité du traducteur, Stéphane Vanderhaeghe : « S’il vous plaît, il faut nous remettre votre cœur du problème, le problème de votre cœur, votre cœur blême, votre psaume du cœur, votre paume du cœur, il faut nous remettre votre paume […] ce poing de la taille de votre cœur, votre empoignade, votre cœur en éclats, votre soif du cœur, ne l’écartez pas ».
Aussi instables qu’un mirage, sans contours stables, les corps et les identités n’ont plus de frontières. La civilisation des séparations entre êtres humains, animaux, végétaux, éléments et choses s’effondre. La souffrance d’être séparé de tout fait place à une fusion entre ces catégories. Les êtres sont utilisés à la place des choses (« Il y a une fuite dans notre salon. Les filles tour à tour se positionnent en dessous, bouche ouverte, jusqu’à ce que je les remplace par un seau »), les enfants – « couleur bouillon de volaille » – deviennent possiblement comestibles.
Surtout, une grande porosité se généralise entre humains et « nature », des Présidents marchent en « laissant derrière eux une traînée de pépins de poire », au fond de la gorge de certaines filles on trouve « de l’herbe et des fleurs sauvages ». Il n’y a plus d’extérieur ni d’intérieur, plus de places attitrées, tout s’emmêle et se rentre dedans, on assiste à un ensauvagement de l’humanité, du réel et de la pensée.
En attendant Nadeau Feya Dervitsiotis

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les-notes.fr revue en ligne de l’Union nationale culture et bibliothèques pour tous
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« Lait sauvage de Sabrina Orah Mark réinvente le conte de fées d’une manière dont je ne savais pas qu’elle pouvait encore être réalisée. Son art est généreux, fluide, inventif : elle plie les mythes et les archétypes comme des animaux en ballons. Et pourtant, malgré tout ce sens du jeu, ce qu’elle révèle n’est pas la légèreté mais la sauvagerie. Il y a quelque chose d’élémentaire dans ses histoires, aussi compliqué et emmêlé que les racines de n’importe quel arbre ancien. »
Nadja Spiegelman The Paris Review
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« Lait sauvage est un petit miracle. Son imagination est l’une des plus stupéfiantes que j’aie jamais rencontrées ; Sabrina Orah Mark regarde le monde d’une manière si nouvelle, profonde, drôle, alarmante, exaltante et déchirante. Son écriture réinitialise le cerveau. Il n’y a rien de comparable : elle est si authentique dans son mystère que le monde semble fraîchement ouvert. Ce sont des contes pour vous réveiller enfin. »
Edward Carey écrivain
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« Il s’agit essentiellement d’un livre sur la maternité. Il s’agit essentiellement d’un livre sur l’anxiété. Tout ici est un enfant — les dents, les présidents, les prières, les abricots, les hippocampes, les blagues, les escargots… Les appeler histoires ne semble pas tout à fait juste — chacune d’elles prend vie entre vos mains, non pas comme un enfant mais comme ses pleurs. »
Nick Flynn écrivain
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« Sabrina Orah Mark’s supple and surprising Wild Milk »
Brian Evenson écrivain
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