Mexicayotl | Michael Collado

MICHAEL COLLADO
Mexicayotl
264 pages / 21 € / Format : 13 x 20 cm / ISBN 979-10-95434-41-2
Conception graphique : Nina Mann & éditions do
Parution le 25 août 2022
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〈 Le livre 〉
Un chanteur français nommé Arthur Loizeau, retraité en Californie, où il semble couler des jours heureux loin de la musique et de la poésie, dans lesquelles il a dû exceller avant que le décés de son frère jumeau le conduise à reconsidérer son existence, se voit un jour, par erreur, kidnappé par les sbires d’un surnommé Ogre, gourou obèse d’une secte croyant au retour des Aztèques.
Brièvement enfermé dans une cellule en attendant son sacrifice, Arthur parvient à s’échapper grâce au suicide de son geôlier, qui est aussi son sosie. Son évasion, qui n’a rien de spectaculaire, le conduit dans une vallée mexicaine, sèche et désolée, où, par un soir et par hasard, il rencontre un cow-boy, Sœur Justice, qui a ceci de commun avec Don Quichotte qu’il est bavard, menteur, intoxiqué par ses lectures et illuminé.
Les aventures qui s’en suivront seront évidemment multiples, drôlatiques, truculentes, picaresques et atteindront leur sommet avec la grande bataille du cirque, lieu de collision entre l’armée et l’Ogre, celle d’un Européen indianisé et la troupe d’un bandit diabolique.
L’histoire se finira même par un voyage en ballon.
Mexicayotl est un roman baroque mais lisible, fantaisiste mais fourmillant de vérités, plein de clins d’œil mais fluide et trépidant. Que ne renierait (certainement) pas le grand Cervantès. On peut aussi y déceler, en une sorte de jeu de pistes, des allusions à Lazarillo de Tormes, Zurbaran, Levi-Strauss, une multitude de westerns, D.H. Lawrence…
On ne s’y ennuie jamais et quand on l’a fini, on espère même qu’il y aura une suite.
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〈 Extrait 〉
« Comme j’ouvre mes paupières sur un ciel lilas, je m’entends ronfler et j’entends soupirer la mer. J’ai eu un sommeil fatiguant, pris dans une épopée mexicaine sans queue ni tête, où sang et sable ont célébré leur noce dans des décors arides. Il y avait des fusils, des couteaux d’obsidienne brandis par des prêtres aux longs cheveux sales, des colts fumants, des bandits démoniaques. Il y avait des temples, des chevaux, un cirque, un cow-boy bavard, un voyage en ballon, des nains, des géants, un ogre et des spectres… C’était dense mais tout s’étiole, jusqu’à n’être bientôt plus qu’une hébétude.
Quelqu’un me secoue.
Une micro-mouette chocolat traverse les écrans de mes lunettes de soleil ; passe aussi un mini-avion caramel tirant derrière lui un ruban publicitaire sur lequel est écrit la maxime :
VIE EST CERCLE, NOUVEAU EST ANCIEN QUI REVIT
Je redresse mon buste et m’appuie sur mes coudes. Dormir sous une telle chaleur devrait être interdit. Je maudis l’astre en fusion, et, gouttant comme un cierge, j’en viens à penser aux Aztèques, qui le vénéraient au point d’éventrer pour lui des milliers de malheureux.
Au sud, sous une montgolfière rouge qui se gonfle au ralenti, à moins qu’elle ne se ratatine, s’élance dans l’océan une jetée barbelée de cannes à pêche et de silhouettes d’oiseaux marins.
— Je dormais, me déclaré-je en un souffle, comme si, jusqu’alors, j’avais retenu ma respiration. »
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〈 À propos 〉
« Un diver­tis­se­ment baroque
Les édi­tions do nous font sou­vent décou­vrir des écri­vains à suivre, et c’est de nou­veau le cas avec Michael Col­lado.
Cet uni­ver­si­taire, spé­cia­liste de l’histoire et de la lit­té­ra­ture mexi­caines, a écrit, sur son pays de pré­di­lec­tion, un roman tout sauf aca­dé­mique : pica­resque, lou­foque et divertissant.
Son pro­ta­go­niste, Arthur Loi­zeau, qui a eu un cer­tain suc­cès comme chan­teur et qui se veut poète (écri­vant tous ses textes), s’est ins­tallé à Los Angeles après avoir perdu son frère jumeau. Alors qu’il se rend au ver­nis­sage d’une artiste mexi­caine, il est enlevé avec elle par des illu­mi­nés qui rêvent de res­tau­rer le Grand Mexique d’avant l’arrivée des conquis­ta­dors. Plus déli­rants les uns que les autres, à com­men­cer par l’Ogre, leur chef qui mérite bien son sur­nom, ils semblent dro­gués en per­ma­nence (au peyotl, comme le titre du roman le sug­gère ?), et ils sont indubitablement dan­ge­reux.
Arthur Loi­zeau réus­sira à s’enfuir de leur domaine, mais sera entraîné dans de nou­velles mésaven­tures par Sœur Jus­tice, un cow-boy mas­qué qui a vu trop de wes­terns, comme Don Quichotte avait lu trop de romans de chevalerie…
Lextra­va­gance du récit laisse devi­ner dès le pre­mier cha­pitre qu’il peut s’agir de hal­lu­ci­na­tions ou d’un cau­che­mar. Cepen­dant, Arthur Loi­zeau et Sœur Jus­tice ont cha­cun sa logique ou sa sorte d’absurde, le nar­ra­teur appa­rais­sant comme le plus proche du bon sens, ce qui ne faci­lite pas tou­jours leurs rap­ports.
Dans un contexte où la vrai­sem­blance n’est pas de rigueur, le lec­teur a l’impression que tout peut arri­ver, et de fait, il advient des choses fort surprenantes.
Michael Col­lado s’amuse (et nous fait rire) en mul­ti­pliant les formes de déca­lage : entre les visions des choses des deux pro­ta­go­nistes, entre leurs réfé­rences, entre les pro­blèmes qu’ils s’attirent et le ton du récit… Mais le plus savou­reux de Mexi­cayotl, c’est le style : baroque, parsemé de tournures inven­tives et de jeux de mots. (…)
On a hâte de lire le pro­chain roman de Michael Col­lado, qu’on espère aussi inven­tif et bien enlevé que Mexi­cayotl. »
Agathe de Lastyns le litteraire.com
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