La Nuit féroce

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RICARDO MENÉNDEZ SALMÒN
La Nuit féroce
Titre original : La Noche feroz
Traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu
128 pages / 16 € / Format : 13 x 20 cm / ISBN 979-10-95434-25-2
Conception graphique : Mr Thornill
Paru le 18 juin 2020
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« De tous les plaisirs que connaît l’homme, aucun n’est plus grand que celui de causer de la douleur. »
« Dans les petits villages, l’enfer est toujours plus grand. »
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〈 Le livre 〉
1936. Sur fond de guerre fratricide, dans un petit village au nom étrange entouré de montagnes, le maître d’école est invité à partager une table dans une des maisons du lieu. Mais le terrible meurtre d’une jeune fille fige cette scène et libère la brutalité qui sous-tend ce village isolé lorsqu’un groupe d’hommes part à la chasse au meurtrier. Deux innocents fuient, persécutés par la colère aveugle des hommes, tandis qu’une terrible suspicion prend forme.
Un maître d’école tourmenté par le passé, un prêtre cruel et un peuple engourdi par la peur sont les protagonistes de La Nuit féroce, conte noir dans lequel une menace troublante imprègne l’histoire du début à la fin. Un mal profond, enraciné dans le passé, irréfutable et impassible, gouverne le temps et l’espace dans ce roman où résonnent la tragédie grecque et l’oeuvre de Dostoïevski.
Comme dans toute l’oeuvre de Ricardo Menéndez Salmón, il s’agit une fois encore ici de la représentation du mal et de ses manifestations chez les êtres humains. Et bien qu’il ne s’agisse pas dans ce roman — dont l’auteur dit qu’il est de tous ses livres « le plus complet, le plus parfait dans son architecture » — d’une histoire de guerre civile typique, le contexte historique (1936) est transcendant, non pas tant en raison de ses connotations spécifiques qu’en raison de son essence tragique et barbare, idéale pour compléter l’atmosphère.
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〈 Les premières pages 〉
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〈 À propos 〉
« Espagne, 1936, un village reculé, isolé.
Nuit de novembre.
Comme chaque soir le maitre d’école Homero s’invite à une table chez un des habitants (“les hôtes”), c’est la tradition. Sans salaire, c’est le village qui le nourrit, il est “pique-au-pot”. Cette nuit, la découverte du viol et du meurtre d’une fillette déclenche la colère. Trois hommes, La Mort, Ezequiel et à leur tête le curé Aguirre décident de partir en chasse.
Il suffit d’une nuit pour que s’affrontent “les Hôtes” , “les Chasseurs” et les “les Innocents”. Dans ce conte métaphysique, Ricardo Menéndez Salmon explore la mal aveugle qui s’abat sur les hommes. Enraciné dans les origines sombres de l’histoire du village, c’est ce mal qui les gouverne depuis toujours , ni Dieu, ni la nature.
Homero : “Parce que c’est du mal qu’il s’agit, voilà de quoi il s’agit. Parce que ce qui se résout ici cette nuit, ce n’est pas si la grâce, la rédemption ou le châtiment existent ou non, mais s’il y a une justification pour ce que nous faisons, pour ce que nous pensons, pour cette vie qui nous est échue”.
La comparaison en lecture n’a pas lieu d’être je crois, mais il n’empêche qu’un certain Abel Tiffauges m’a accompagné tout au long de ce texte. La nature « antiphorique » des actes de ces hommes, incarnation du mal qui les dépasse, ne laisse finalement que peu d’espoir.
C’est envoûtant. Il y a dans la construction presque géométrique de ce conte, une beauté, une musique tragique. Un bonheur de lecture. »
Librairie Le Marque Page Quintin
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« IMMENSE TEXTE !
La Nuit féroce de Ricardo Menéndez Salmon, c’est la fureur de l’humanité toute entière qui y prend corps et l’habite. Fable terrible et dramatique, car simple extrait de notre incompréhensible Histoire, cette nuit féroce est un feu qui dévore nos espoirs, c’est une tranchée creusée dans nos brèches les plus profondes, qui fait resurgir tous les vieux ossements de nos peurs et de nos humiliations. Cette nuit tombe sur vous et vous embrase, pour pouvoir enfin goûter à la paix, après le bruit et la fureur. Magnifiquement traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu »
Librairie Myriagone Angers
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« Un texte incandescent sur les ténèbres où s’agitent les hommes. »
éditions la dernière goutte Strasbourg
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« Époustouflant. »
Serge Airoldi Rencontres à lire de Dax
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Focus Le Vif Belgique
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« Une traduction excellente qui restitue la tension du texte original. Unité de lieu et de temps, variation des points de vue, un roman autant cathartique qu’une pièce de théâtre. »
Martin Knosp Librairie Nouvelle, Asnières
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« Un petit bijou que ce court texte. Une nouvelle plus qu’un roman, mais si aboutie qu’elle atteint la perfection. (…) Ce genre de texte, c’est une sorte de miracle tant c’est parfait dans la forme, dans l’écriture, et bien sûr le propos ne peut échapper dans toute sa noirceur, sa profondeur et sa poésie. Si on ajoute à ça la beauté de l’objet lui-même, avec ces dessins si expressifs, on a là un ouvrage à lire et faire lire largement et absolument. Du très grand art. »
La livrophage lectrice en campagne
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« … un roman dérangeant, tout en tension et en zones d’ombres.
Si la guerre est en arrière-plan, le conflit se joue dans le village de Promenadia, entre ses tristes maisons, dans les pensées de ses habitants, dans sa forêt. Cette histoire est bien une tragédie dont les chapitres sont construits comme des actes clés d’une nuit, née et achevée par la violence d’hommes. Le viol et le meurtre d’une enfant, une meute d’hommes menée par un prêtre et ses chiens, une famille pauvre, deux vagabonds à la recherche d’un travail (au mauvais endroit, au mauvais moment), un prêteur sur gage ayant une bonne situation et, enfin, le personnage qui va nous permettre de suivre une grande partie de ces scènes tel un fil rouge, le maître d’école, Homero.
Dès les premières pages la tension s’invite dans la lecture, franchement, frontalement. Le style de Ricardo Menéndez Salmón est vif, presque étourdissant, clairement percutant. J’ai été impressionnée par son utilisation des métaphores, tantôt douces, tantôt crues ou rugueuses, mais toujours efficaces dans l’ambiance du récit. L’ambivalence du personnage d’Homero participe immédiatement au sentiment de malaise du lecteur : entre sa clairvoyance et sa violence, entre les humiliations qu’il encaisse et le mépris qu’il renvoie.
Ce court roman nous parle de la rudesse des vies, de la pauvreté, des préjugés vis-à-vis des étrangersimmédiatement suspects. Il est aussi question d’intimidation, de jalousie, d’aveuglement, d’hommes qui n’arrivent pas à s’aimer mais savent se haïr ou se craindre, et de la bête capable de faire ce qu’elle a fait à une enfant. Un microcosme qui manque d’air, une nuit qui manque de lumière malgré la blancheur de la neige. Un conte sur la violence et la folie au masque humain face à l’innocence. Un conte sombre qui appelle désespérément la clarté d’un nouveau matin et qui, bien qu’extrêmes, met en scène des comportements, eux, particulièrement réalistes.
Ce roman saura s’adresser autant aux lecteurs•rices de littérature générale que de romans noirs, il m’a clairement fait sortir de ma zone de confort et m’a happée par son ton et son rythme, par sa galerie de personnages et son intrigue. »
Les Miscellanées d’Usva
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Chasse à l’homme dans les Asturies

« Le romancier espagnol Ricardo Menéndez Salmón est tout sauf rousseauiste. L’idée que l’être humain puisse être bon par nature est à l’opposé exact de sa pensée. Il l’écrit dans La Nuit féroce, qui vient d’être traduit en français : « De tous les plaisirs que connaît l’homme, aucun n’est plus grand que celui de causer de la douleur. La contemplation de la beauté ou la transe de l’amour physique ne peuvent se comparer avec la jouissance de briser un os. (…) L’homme lance des ponts, domestique des forêts ou résout des problèmes mathématiques posés il y a des centaines d’années, mais tout son génie, toute sa patience et toute sa ferveur pâlissent devant l’énigme de sa méchanceté. »
Paru en Espagne en 2006, ce roman se déroule une nuit de novembre 1936, à Promenadia, un village fictif et isolé des Asturies, dans le nord du pays. Homero, un maître d’école étranger au hameau, dîne chez une famille de paysans. C’est un catapote, un « pique-au-pot », du nom de ces instituteurs recrutés pour quelques mois et nourris à tour de rôle par les habitants. La soirée est perturbée par l’arrivée de quatre hommes venus chercher du renfort : curé du village en tête, ils organisent une battue pour retrouver le ou les coupables présumés du viol et du meurtre d’une petite fille, survenus deux jours plus tôt. Deux visiteurs, venus d’ailleurs, ont été aperçus dans les environs.
« Dans les petits villages, l’enfer est toujours grand », remarque le narrateur. Il le sera effectivement. Car les quatre individus en quête de justice ont décidé de punir le crime quoi qu’il en coûte.
A travers ce bref roman, Ricardo Menéndez Salmón, né en 1971 à Gijon, dans ces mêmes Asturies, creuse un thème récurrent dans son œuvre : le mal et ses manifestations chez les humains, sujet auquel il a consacré une trilogie (L’Offense, Actes Sud, 2009 ; Le Correcteur et Débâcle, Jacqueline Chambon, 2011 et 2015). Si L’Offense et Le Correcteur ont respectivement pour toile de fond les attentats du 11 mars 2004 à Madrid et la Seconde Guerre mondiale, La Nuit féroce, qui les précède, prend pour décor la guerre civile espagnole.
Bien qu’elle soit uniquement suggérée, et non précisément décrite, elle est l’élément moteur qui fait resurgir les pulsions les plus viles des individus, et qui porte à leur comble les tensions existant entre les différents personnages. L’opposition entre le maître d’école, qui s’affiche comme « bolchevique », et les autres hommes du village, dont le prêtre, déterminé à « s’ériger en justice, en seigneur », ajoute ainsi au climat terrifiant où tout semble pouvoir basculer dans l’horreur en un claquement de doigts.
L’atmosphère est électrique, les paroles sont tranchantes. D’une écriture à la fois tenue et poétique, d’une grande puissance évocatrice, Menéndez Salmón excelle à dépeindre cette ambiance où la mort rôde et menace jusqu’aux innocents : c’est un étrange observateur qui, ouvrant et clôturant le roman, s’apprête à mettre le feu tout autour de lui ; c’est aussi un livre au titre évocateur, posé sur la table du maître d’école – Les Démons, de Dostoïevski –, ou encore une tempête qui « répand son voilage de vent funèbre sur tout le littoral »…
Le monde dans lequel plonge ce récit aux accents de tragédie grecque, avec son unité de temps, de lieu et d’action, est au bord de l’apocalypse. »
Le Monde Ariane Singer, 10 juillet 2020
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« Moins un livre sur le mal que notre impuissance à vivre et à se débattre avec, complètement aveugles à notre destinée, perdus dans un brouillard de trahison, de violence et de mensonge. Aguirre ou la colère de dieu, rien ne change. Aucune ruse ne pourra vous sauver, les mots seront eux aussi impuissants. Un livre au charme tragique, un vénéneux conte pour enfants entouré d’une lumière de cendres, sans illusion sur le monde. »
L’Espadon blog d’actualité, de critiques et chroniques littéraires → lire le texte complet