Au nom du père

BALLA
Au nom du père 
Titre original : V mene otca
Traduit du slovaque par Michel Chasteau
136 pages / 17 € / Format : 13 x 20 cm / ISBN 979-10-95434-16-0
Conception graphique : Mr Thornill
Paru le 12 mars 2019
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Ce livre a reçu le soutien du SLOLIA Committee, le centre d’information littéraire de Bratislava, Slovaquie
Les éditions do reçoivent en 2019 un soutien de la région Nouvelle-Aquitaine pour leur programme éditorial
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〈 Le livre 〉
Au nom du père est comme la douloureuse prière d’un père qui a eu un père et deux fils. L’humble prière d’un homme qui n’a pu être un mari et n’a pu être un père. Qui n’était pas prêt à cela. Mais qui cet homme ? Individualiste et sarcastique, il évoque la vie de sa famille, des gens qui lui sont étrangers. Son mariage est une épave et sa femme devient folle. Ses deux fils adultes ne l’aiment pas, sa relation avec ses propres parents était malheureuse. Il ne trouve rien à aimer et aucune beauté dans sa famille, sa vie, sa maison, sa ville natale. Incapable de voir en lui la cause de ses échecs, il cherche quelqu’un d’autre à blâmer pour toutes ses relations ratées. Son récit, en forme d’auto-analyse névrotique, est motivé par la vente de la maison où il a vécu avec sa famille, maison construite par un frère mystérieux. Pourtant, même si ce narrateur insupportable essaie d’aliéner le lecteur par son nihilisme, il ne parvient pas à le repousser parce que l’écriture de Balla est intense, passionnée, entêtante, perturbante. Elle parvient, dans cette drôle de quête existentielle, à donner un sens à cette vie qui en manque absurdement et à transformer Au nom du père en une tragicomédie.
« Je m’inquiète pour les gens qui aiment mon écriture. Parce qu’il y a généralement quelque chose qui ne va pas chez eux. Il y a manifestement quelque chose qui ne va pas chez un grand nombre d’entre nous. » Ces réflexions sont aussi de Balla.
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〈 Extrait 〉
« Il n’y avait vraiment aucun livre dans notre foyer, tel était l’univers dans lequel on grandissait rue Fatranská, nous étions les descendants sans livres d’ancêtres sans livres et sans éducation. C’est pour cela, aussi, que l’État pouvait faire de nous ce qu’il voulait. Pour cela aussi qu’il n’est jamais arrivé à faire grand-chose. Et bien qu’au- jourd’hui j’aie chez moi des tas de livres, je ne parviens toujours pas à régler le problème de ma relation avec mes fils. Eux aussi, d’ailleurs, possèdent sûrement quantité de bouquins, et pourtant ils sont incapables de trouver une solution au problème de leur relation avec moi. À moins que l’absence de solution ne soit pour eux une manière de solution. Ou qu’ils n’y voient aucun problème, parce qu’ils ont déjà fait une croix sur moi. »
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〈 À propos 〉
« Essayez d’imaginer Kafka, Beckett, Bukowski et Borges assis ensemble autour d’une bière (…) et vous aurez le goût de la quête existentielle et plutôt terreuse de Balla. »  
Rosie Goldsmith, EuroLitNetwork
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Faillite filiale
On doit toujours être reconnaissant aux éditeurs de littératures étrangères de nous faire découvrir des textes que l’on n’aurait jamais connus sans eux, venus de littératures peu cotées et près desquels, une fois qu’ils sont traduits, le mainstream critique et journalistique passe souvent sans les voir. Les éditions Do, installées à Bordeaux, se sont lancées depuis quelques années dans cette entreprise de découverte et de traductions de textes puissants venus des quatre coins du monde. L’une de leurs dernières parutions est un roman du Slovaque Vladimir Balla, intitulé Au nom du père.
Écrivain singulier, Vladimir Balla, qui signe simplement du nom de Balla, sera parmi les invités du salon du livre de Paris dans son édition de 2020, dont Bratislava sera l’hôte d’honneur. Son roman, paru en slovaque en 2011, est le récit d’une vie racontée par un très étrange narrateur habitant une ville du fin fond du sud de la Slovaquie, à la frontière de la Hongrie. Cette vie, qui commence sous le communisme agonisant et qui se termine dans la période contemporaine, est d’une grande banalité en apparence. Le narrateur est marié, il a deux garçons et travaille comme manœuvre dans les entrepôts d’une sorte de supermarché où, au temps du communisme, il n’y avait pas grand-chose sur les étals mais, en revanche, de savoureuses jeune filles comme caissières. L’homme a toutefois de gros ennuis car sa femme sombre dans une sorte de bizarre mélancolie puis dans une dépression qui n’est jamais ainsi nommée mais qui la pousse à ne plus supporter de vivre que dans l’obscurité la plus totale, au cœur de la très absconse maison familiale où plus un rai lumière ne doit filtrer. Le narrateur fuit donc en permanence son ménage et se réfugie dans son garage où il bricole comme il peut, tandis que son aîné, traumatisé pour l’avoir surpris un jour avec une caissière, disparaît de la circulation et que son cadet, qui vit toujours à la maison, se met à lui vouer une haine coriace, à cause de ses attitudes distantes et de son indifférence.
Cette relation entre le père et les fils est l’un des thèmes essentiels du roman. Le souci principal du narrateur est de comprendre pourquoi il a été un mauvais père. La responsabilité du naufrage filial, il la rejette tantôt sur ses fils tenus pour ingrats, incapables ou stupides, et tantôt sur lui-même, parce qu’il sait qu’il n’a jamais supporté d’assumer les responsabilités que lui imposait la procréation. Prisonnier rétif de la fonction paternelle qu’il abhorre, il refoule mal de surcroît sa rancœur devant son cadet qui, en devenant homme, dégrade l’aura de mâle conquérant de son géniteur. Aux relations filiales et à leur faillite vient alors s’ajouter une autre préoccupation obsessionnelle du personnage, celle du temps qui passe et donc du vieillissement. Inapte à supporter le spectacle de son propre vieillissement, horriblement lucide sur la repoussante décrépitude des corps qui prennent de l’âge, incapable de comprendre ce qui permet à deux êtres de supporter de vivre ensemble malgré la répulsion que chacun éprouve face à la défaite physique de l’autre, le narrateur trouve ainsi de nouvelles raisons pour justifier son aversion à être aussi bien père que mari.
Cette haine de soi, de ses enfants, du temps qui passe et de ses effets sur l’humain n’est en définitive que le résultat du sentiment de faillite totale d’une existence. Et pourtant, sous la plume de Balla, le récit de ce désastre a quelque chose de jubilatoire. Oscillant entre l’absurde et le cocasse, la narration semble le fait d’une conscience un peu autiste, tantôt bilieuse tantôt complètement délurée. Et puis il y a dans Au nom du père un aspect fantastique, notamment dans l’histoire de la construction de la maison familiale et dans l’usage qu’en font ses occupants, ce qui donne au roman une allure de conte, ou de fable cruelle.
Charif Majdalani, L’Orient littéraire
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« Quand tu ne sais pas encore très bien ce que tu as lu, mais que tu sens que tu t’es pris une grosse baffe… Au nom du père de l’auteur slovaque Balla, c’est la puissance kafkaïenne incarnée par un récit dont les qualités d’abstraction sont prodigieuses, dont la part d’hermétisme alimente une histoire aux ressorts en réalité pleinement humains, pétrie de réflexions sur la filiation, l’étiolement de l’amour etc. Mais Balla, plus que de produire de simples silhouettes, fait de ses personnages des motifs, des figures aux contours flous dont on ne saisit pas tout si ce n’est les failles souterraines, des formes abstraites qui nous englobent et nous surplombent, nous intègrant à leur labyrinthe intime pour mieux nous perdre et nous placer face à nous-mêmes. » 
Librairie Myriagone, Angers
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« Voilà un livre qui nous a fait beaucoup rire. Avant les dernières pages tout du moins, glaçantes ou d’une « inquiétante étrangeté ». Au choix. Et pour cause, on aurait beaucoup de mal à trouver un héros aussi peu vendeur. Tenez : le narrateur est un père à l’air renfrogné, vieil homme aigri qui fait le constat d’une vie amère : du haut de son phare, il ressasse les échecs sans en comprendre les causes. Que reste-t-il d’une vie triste et solitaire ?Une maison familiale, construite par lui-même et son mystérieux frère. Ses deux fils, désormais adultes, ne l’ont jamais aimé. Trop volage, égoïste et méprisable. Son ex-femme, soupçonnée d’être folle, il la méprisait aussi. Ses parents, il n’a jamais pu s’entendre avec eux. Un mariage en ruines, une femme humiliée par des infidélités, des fils ignorés et cette maison, miroir de toutes les folies… »
lire la suite de la chronique sur le blog L’Espadon (Blog d’actualité, de critiques et chroniques littéraires, aussi effilé que la mâchoire de ce gros poisson à la nage puissante et rapide… c’est lui qui le dit)
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« J’ai souvent pensé à Thomas Bernhardt et en particulier à des textes où il fait des liens constants avec l’architecture, et avec la construction d’une maison dans la forêt. Ici on retrouve cette étrangeté, cette bizarrerie, on se demande dans quelle mesure on n’est pas en train de basculer dans un monde presque parallèle, un peu kafkaïen… »  
Paludes 895 du vendredi 22 mars 2019,
Nikola Delescluse, Radio Campus Lille → écouter la chronique
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Au nom du père de l’auteur slovaque Balla est un long cri de détestation, poussé et assumé par un homme âgé, cynique, et probablement névrosé. Le narrateur évoque successivement sa femme, devenue folle, ses fils, dont il se serait finalement bien passé, sa voisine Lalika, « femme disgracieuse et à première vue manifestement stupide et méchante. » Il nous entraîne dans des ruminations misanthropes, cherchant sans cesse à identifier le responsable du gâchis de son existence. Très drôle, ce roman peut avoir un effet cathartique… il est aussi le digne héritier de la lignée des fictions « de l’absurde » nées au XXe siècle en Europe centrale, sous les plumes acérées de Kafka, Frigyes Karinthy ou Thomas Bernhardt.
cornelia-online.blog
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〈 Couverture de l’édition originale 〉