Culture de plantes méridionales selon la méthode de Mitchourine

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Culture de plantes méridionales selon la méthode de Mitchourine Weronika MUREK
Traduit du polonais par Marie Furman-Bouvard
176 pages / 18 € 50 / Format 13 x 20 cm / ISBN 979-10-95434-05-4
Conception graphique : Mr Thornill
Date de publication : 28 mars 2017


La sensation récente du monde littéraire polonais
Lauréate du prix Witold Gombrowicz 2016 (décerné cette année pour la première fois)
Finaliste du prix Nike 2016 (la plus importante récompense littéraire polonaise)
Finaliste du prix Gdyniz 2016
Finaliste du prix Paszport Polityki 2015

Ivan Mitchourine, généticien russe, réalisa des croisements de plantes dans le but de créer des espèces résistantes à des climats hostiles. S’il n’apparaît pas dans le recueil, ses mots célèbres « Nous ne pouvons attendre de bienfaits de la nature. Notre devoir est de les lui arracher. » lui servent d’épigraphe. Ces nouvelles sont effectivement une expérience de narration qui croise, parmi d’autres, deux perspectives — la très lointaine et l’immédiate : les détails sont très précis mais le récit situé dans un espace irréel. Weronika Murek donne vie à des objets de dévotion, utilise le folklore, place souvent le sacré dans un cadre concret et charnel, et, en opposant les styles, elle crée une mosaïque d’histoires d’enfants et de gens du peuple, parfois pleines de cruauté et de poésie, toujours pleines d’absurdités. Ce mélange des genres, ce décalage des comportements et des dialogues, sollicitent la concentration du lecteur comme le ferait une charade et provoquent toujours la surprise, clé du sens de l’humour noir très particulier de Weronika Murek.

Les héros des nouvelles de Weronika Murek vivent dans un monde qui ressemble à un sac percé, d’où les choses tombent et disparaissent. Mots, sens, temps et mémoire — tout disparaît. Certains oublient qu’ils devraient mourir, d’autres reviennent accidentellement d’entre les morts, d’autres encore ne savent plus se servir d’un robinet. La réalité, gouvernée par une douce inertie et une calme désintégration, ne s’achèvera jamais. L’éternité est seulement le prolongement d’un ennui léthargique, rempli d’activités machinales et de rituels. L’astuce est de discerner la Pologne dans ce monde, ce qui revient à vouloir identifier une espèce de poisson par la forme de son arête. Weronika Murek sait la restituer à partir d’interprétations littérales de superstitions populaires, d’images sacrées et de tous les défauts d’un langage ordinaire qui essaie, avec obstination, mais en vain, de s’accrocher à n’importe quoi de concret.
Les nouvelles de Weronika Murek parlent de réalités tout à fait concrètes et de modèles culturels. Ce sont les hommes qui sont cultivés ici selon la méthode de Mitchourine. On les façonne selon des postulats idéologiques quoiqu’avec des moyens limités. C’est un remarquable début littéraire qui abolit bien des cloisonnements. Il combine le réel avec le surréel, l’observation satirique avec le fantastique. La force du texte repose sur ces associations, pas seulement sur son caractère visionnaire. Weronika Murek confronte magistralement des circonstances extraordinaires, souvent horribles, avec des réactions banales et automatiques. Une jeune fille morte n’ose pas marcher en chaussures sur un sol fraîchement lavé. Être bien élevée s’avère plus fort qu’être morte. Eliza Szybowicz, Gazeta Wyborcza, 2016.
La langue de Weronika Murek est extraordinairement économe, précise, aucun mot de trop, nul bavardage. Une langue qui frôle sans cesse le silence. C’est la difficulté pour le traducteur de suivre et de respecter cette précision, ce ton discret presque blanc, mais non dénué d’humour, où même le fantastique prend les couleurs grisées d’un quotidien à peine transfiguré. Marie Furman-Bouvard, traductrice
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