L’Âge du fer

ARJA KAJERMO
L’Âge du fer
Titre original : The Iron Age
Traduit de l’anglais (Irlande) par Véronique Béghain
Illustrations de Susanna Kajermo
Conception graphique : Mr Thornill
Ouvrage publié avec l’aide de Literature Ireland

Paru le 8 octobre 2019
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« Quand on quitte sa vraie maison, on est obligé de sacrifier quelque chose. J’avais renoncé à ma langue, mais je n’avais rien eu en échange. »
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 〈 A propos 〉
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« Un court roman, mesuré, écrit avec précision, qui réalise l’alchimie que tout écrivain aimerait réussir : il évoque en quelque sorte chaque enfance, chaque vie obscure. Un livre d’une beauté radieuse. » 
Joseph O’Connor écrivain
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Un conte désenchanté 
Inspiré des sou­ve­nirs d’enfance de l’auteure, ce roman nous trans­porte dans la campagne fin­lan­daise des années 1950, où l’on vit à peu près comme à l’âge du fer. Il y est plus cou­rant de rece­voir une sor­cière que de croi­ser une auto­mo­bile. La nar­ra­trice recons­ti­tue son uni­vers du temps où elle avait 4 ans, com­pa­rable au monde des contes de fées par son mélange d’onirisme et d’épreuves effrayantes.
La guerre, que la Fin­lande a per­due, semble toute proche : tous les hommes en parlent, à com­men­cer par le père, vété­ran encore jeune mais qui semble avoir déjà tout raté, qu’il s’agisse de sa vie de famille, sous l’égide d’une grand-mère avare et auto­ri­taire, ou du tra­vail qui ne lui laisse aucune pers­pec­tive meilleure que de res­ter bûche­ron ou ouvrier. La famille finit par immi­grer en Suède, où de nou­velles épreuves l’attendent, à commen­cer par la dif­fi­culté de s’intégrer quand on ne parle pas un mot de la langue locale…
L’aspect quasi magique pré­sent dans la pre­mière par­tie du roman cède la place à un désen­chan­te­ment crois­sant, sans que la nar­ra­trice perde pour autant l’esprit d’endurance qui lui fait per­ce­voir comme natu­relles la plu­part des choses pénibles à subir au quo­ti­dien.
L’imaginaire prend le relais, au besoin, pour aider la pro­ta­go­niste à mieux les supporter, notam­ment à tra­vers les per­son­nages de fic­tion aux­quels elle s’identifie.
Si le pro­pos du roman n’est guère opti­miste, la vision du monde qu’il reflète est propre à insuf­fler du cou­rage, y com­pris quand il s’agit de nar­rer des échecs.
Ainsi, la petite « jean­nette » qui n’arrive pas à confec­tion­ner les divers nœuds requis chez les scouts observe que c’est inutile : « Un nœud plat per­met en géné­ral de s’en sor­tir dans la vie. Seuls les gens vrai­ment déses­pé­rés ont besoin de faire un nœud cou­lant. »
Porté par l’écriture lim­pide et sub­tile d’Arja Kajermo, le récit est cap­ti­vant de bout en bout. Les illus­tra­tions, nom­breuses et très belles, contri­buent au plai­sir de la lec­ture.
Bien qu’il s’agisse d’un livre a priori des­tiné aux adultes, il n’en est pas moins loi­sible de l’offrir aux ado­les­cents : ils pour­raient à la fois s’y ins­truire et y trou­ver un cer­tain récon­fort, ne serait-ce qu’à com­pa­rer leurs pro­blèmes avec ceux de la narratrice.
lelitteraire.com
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Le Monde des livres 18 octobre 2019
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Récit d’une enfance difficile dans les années cinquante, L’Âge du fer impressionne par la justesse de sa description des mouvements du coeur d’une très jeune fille marquée par la violence domestique et les difficultés de l’immigration.
Née dans une famille pauvre de Finlande où la vie quotidienne est dénuée de la moindre douceur, la narratrice voit sa vie bouleversée par la nécessité de partir vivre en Suède où le père a trouvé du travail. Précarité matérielle, difficultés d’intégration et méfiance deviennent alors le quotidien de cette enfant qui trouvera son salut seule, grâce à son insatiable curiosité pour le monde qui l’entoure.
D’une langue simple et aiguisée, flirtant parfois avec le conte, cette histoire largement autobiographique est un magnifique récit d’émancipation.
Librairie Compagnie Paris
Dans la vitrine de la librairie Compagnie
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Librairie Le Tracteur Savant, Saint-Antonin-Noble-Val
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Sud Ouest, 22 décembre 2019
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« Quand j’étais née trois ans plus tard, c’est cet air-là que j’avais immédiatement respiré. Un air tellement saturé de rage que c’en était douloureux. J’ai appris à retenir ma respiration, à n’avaler qu’à petites gorgées cet air rempli d’amertume. »
Chroniques de l’après-guerre d’une pauvre famille filandaise, c’est pas jojo et d’une beauté froide. Sublimées par des illustrations de la nièce de l’auteur.
Encore une bonne pioche des éditions do ! 
Librairie Point Virgule, Namur
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C’est un livre assez particulier car sous des apparences simples, il nous montre la dureté de la pauvreté, les préjugés, la ségrégation mais aussi la difficulté d’intégration pour les immigrés, le regard pas toujours bienveillant. L’histoire se passe dans les années 50, en Finlande pour la première partie et en Suède pour la seconde.
J’ai rarement lu des livres sur ces pays (au-delà des policiers) et j’ai beaucoup apprécié ce dépaysement, même si ce n’est pas la gaieté, l’opulence ou encore la chaleur humaine que l’on y trouve mais bien plutôt la misère, le rejet, la discrimination.
C’est également un livre particulier de par sa forme. A côté d’une écriture simple, il y a donc des thèmes durs abordés mais aussi il y a tout au long de ce livre des illustrations enfantines. On oscille donc toujours entre le monde de l’enfance et le monde adulte. C’est un choix que je trouve tout à fait judicieux et qui, s’il m’a un peu surpris, m’a beaucoup plu. J’ai particulièrement aimé la deuxième partie lorsque la famille part s’installer en Suède.
Laurence, sur babelio.com
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Extrait de la chronique de Nikola Delescluse,
dans son émission de radio Paludes du vendredi 22 novembre 2019
« On y retrouve des tonalités qui m’ont parfois fait penser à Agota Krystof dans la simplicité de l’écriture et le rapport à la fois extrêmement candide et profondément lucide sur l’enfance. »
→Pour écouter lintégralité de la chronique de Nikola Delescluse, sur Radio Campus Lille.
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Médiathèque René-Cassin Livry-Gargan
« Coup de cœur : Née dans une famille pauvre de Finlande où la vie quotidienne est dénuée de la moindre douceur, la narratrice voit sa vie bouleversée par la nécessité de partir vivre en Suède où le père a trouvé du travail. Précarité matérielle, difficultés d’intégration et méfiance deviennent alors le quotidien de cette enfant qui trouvera son salut seule, grâce à son insatiable curiosité pour le monde qui l’entoure. D’une langue simple, cette histoire largement autobiographique est un magnifique récit d’émancipation. »
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Librairie Le Port de tête, Montréal (Canada)
(merci à Aurélie Garreau)
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Finlande, années 1950. Papa, raconte la narratrice, « était un mordu de chasse et un bon tireur. (…) Il ratait rarement sa cible parce qu’il avait pratiqué au front pendant quatre ans sur les Russes. » Et, auparavant, il avait fait la guerre d’Hiver. « Tout ce qu’il en avait rapporté, c’était une poignée de médailles, comme tout le monde. Et quelques éclats d’obus dans les jambes. » De quoi vivre, de quoi faire vivre autour de lui « l’âge du fer » ! Le ton de ce roman de Arja Kajermo (dessinatrice et romancière née en 1949 en Savonie, élevée en Suède et vivant aujourd’hui en Irlande) est emporté, contrastant avec le sérieux du sujet. Quand un père, qui se veut digne et travailleur, se comporte comme un tyran domestique… Effrayant sa femme et ses enfants, réduisant littéralement au silence sa cadette : « Le silence, c’était une sécurité. » Une histoire, également, d’immigration et de nouveau mode de vie familial. À mettre en parallèle avec le roman de Jonas Hassen Khemiri, Montecore, un tigre unique – ou, en France, Le Gone du chaâba d’Azouz Begag. Un livre fort avec des illustrations intérieures de Susanna Kajermo qui appuient intelligemment le texte. Regrettons juste cette couverture en rose et gris, illisible.
www.maricourt-nordique.com
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La narratrice anonyme de L’Âge du fer est une jeune Finlandaise. Le livre raconte une courte période de l’histoire de sa famille, avant et après la Seconde Guerre mondiale, commençant par leur vie dans la ferme de sa grand-mère, suivie d’un bref séjour dans une petite ville, et se terminant par un récit de leur déménagement en Suède une fois que le père a trouvé un emploi stable dans une usine de papier.
On l’appelle L’Âge du fer en partie parce que leur vie dans le nord au début des années 1950 est rudimentaire et difficile — une ampoule électrique est une nouveauté ; ils doivent traverser un lac à la rame pour rendre visite à leurs riches parents afin de mendier quelques œufs ; le Noël où le Père Noël apporte un crayon et un petit pain sucré est « le meilleur Noël de tous les temps » — et en partie en référence aux éclats d’obus qui sont entrés dans les jambes du père de la narratrice pendant la guerre (la « guerre de continuation » contre les Soviets dans la première moitié des années 1940). La jeune fille pense que ce fer a affecté non seulement ses jambes, mais son cœur ; et non seulement lui, mais toute sa famille, et elle aussi.
Les scènes d’ouverture sont relativement joyeuses et sans importance extérieure — scènes rurales, œufs et chiens, contes populaires et épouvantails — mais à mesure que le texte progresse, Arja Kajermo nous force doucement mais inexorablement à reconnaître que son véritable sujet est l’impact psychologique de la pauvreté, de la violence domestique et de la marginalisation (le conflit ville-pays en Finlande ; les barrières culturelles et linguistiques en Suède) sur sa narratrice. Ce qui semblait au premier abord clownesque et amusant (l’incapacité du père à s’entendre avec sa famille, ses collègues ou ses voisins) devient de plus en plus sombre, comme en témoignent son amertume devant l’indépendance croissante de sa femme ; son refus de ramener son fils aîné, Tapio, en Suède avec les autres car il croit que sa présence sur la vieille ferme lui permettra éventuellement de faire valoir ses propres droits sur la terre lorsque sa mère décède. Le père se lit d’abord comme un personnage malheureux, mais plein d’espoir — un personnage qui pourrait être attachant — mais il apparaît peu à peu comme un personnage faible qui recourt à la violence pour prouver sa masculinité, et à la fin du livre, alors que sa fille se retire dans un silence auto-protecteur, il est devenu un symbole de brutalité. […]
L’apparente simplicité du style de Kajermo dément la force de son histoire. Sa prose est sans fioritures et son histoire est simple, anecdotique et souvent drôle. La violence sous-jacente et le malheur de ses personnages se glissent alors dans l’esprit du lecteur et laissent un sentiment d’horreur plus persistant qu’il ne l’aurait fait autrement. Son utilisation des contes de fées et des contes populaires renforce cette idée de réalités superposées — le paysage magique qui cache et révèle à la fois une terreur sous-jacente. La fin, en particulier, n’offre aucune concession au lecteur désireux de tourner la page. Alors qu’il s’agit, d’une certaine manière, d’une histoire de passage à l’âge adulte, où la narratrice prend conscience des défauts et des tendances de son père et des cruautés de la société, Arja Kajermo, comme les frères Grimm, refuse de la compléter avec des platitudes et des promesses de jours meilleurs à venir. 
C’est une lecture déconcertante — plus complexe qu’il n’y paraît à première vue, avec un sens persistant du malheur existentiel — mais c’est une lecture très impressionnante (tout cela en une centaine de pages !) et, ne l’oublions pas, aussi magnifiquement illustrée par la nièce d’Arja Kajermo. 
Valerie O’Riordan, bookmunch.wordpress.com
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Le livre est illustré par une série de dessins au crayon noir et blanc réalisés par  Susanna Kajermo, la nièce d’Arja Kajermo, qui a fait le commentaire suivant à propos de son travail :
« J’avais entendu plusieurs anecdotes, racontées de diverses façons par mon père quand j’étais petite. J’ai toujours été intéressée par la façon dont les gens racontent ou se souviennent des choses… Mon art est souvent lié à l’enfance et à la narration d’histoires. Arja m’a donné quelques vieilles photos pour m’inspirer, et j’avais aussi l’album photo de mon père, plutôt mince, à regarder… J’ai essayé de faire des illustrations qui fonctionneraient avec le texte mais aussi comme des images séparées qui pourraient en quelque sorte raconter leur propre histoire… J’apprécie les images qui ont à la fois une gravité, ou une sorte d’obscurité, combinée avec de l’humour ou de l’absurdité. C’est quelque chose que je m’efforce de faire dans mon art. Le roman d’Arja contient tous ces éléments et j’ai donc passé un très bon moment à travailler avec lui. »